mardi 22 septembre 2020

- Pourquoi j'utilise Moodle

Pourquoi j'utilise Moodle

 

Moodle est un outil extrêmement puissant. S'il est encore sous-exploité c'est essentiellement que, comme pour tout nouvel outil qui nous est proposé, sa prise en main paraît compliquée et fastidieuse (rappelons-nous nos premières expériences du stylo à plume, du levier de vitesse ou même de Facebook…). Cette résistance ne se justifie plus quand on constate combien il peut simplifier la tâche de l'enseignant et combien il lui offre de possibilités nouvelles. Il propose, en effet, bien des avantages pratiques dont certains, inescomptables, ne se découvrent qu'à l'usage. Il invite également à considérer de nouvelles approches pédagogiques qui peuvent sensiblement transformer et enrichir le rapport élève-professeur. Finalement, il amène progressivement l'enseignant à ouvrir sa méthode didactique et à inventer de nouveaux parcours plus libres et plus lisibles. Pourtant, comme tout outil, Moodle présente aussi des limites qu'on doit apprendre à connaître et nous expose à des pièges qu'on doit apprendre à éviter.

Commençons par préciser qu'après deux années d'utilisation, je suis encore loin d'être un expert Moodle. Si certains de mes collègues parviennent à utiliser cette plateforme de manière optimale et à faire travailler leurs élèves en autonomie (quasi) totale, mes victoires sont bien plus modestes.

Je me suis d'abord lancé dans Moodle pour communiquer des ressources aux élèves et, progressivement, fabriquer un manuel qui me convienne.

De fil en aiguille, cependant, je me suis mis à utiliser des outils plus élaborés et exploiter la dimension interactive de l'outil.

Je vais donc tâcher de rendre compte honnêtement de mon expérience de Moodliste semi-débutant. Si je suis convaincu qu'il est en train de transformer ma pratique en bien, je ne cherche pas à vendre les faux mérites de cet outil compliqué. Je vais seulement expliquer en quoi Moodle m'a aidé à changer ma pratique et poussé à faire mieux mais aussi en quoi Moodle m'a quelques fois donné du fil à retordre.

Moodle m'a aidé de bien des manières:

En pratique, il m'a sensiblement facilité le travail sur de nombreux points.

Moodle permet non seulement de laisser une trace du cours toujours accessible qui permet aux absents de rattraper le cours; celle-ci facilite les révisions pour les évaluations finales; elle permet de réunir en un seul endroit toutes les méthodologies. Finalement, cette trace a le mérite d'être très rassurante pour les élèves (et les parents d'élèves).

De surcroît, Moodle permet aux absents de refaire les activités proposées en cours et, ainsi, de ne pas seulement transmettre des savoirs mais aussi de développer des savoir-faire.

Moodle permet de fixer le rendu de travaux à une date indépendante des dates où on voit les élèves et offre ainsi une grande liberté par rapport à l'emploi du temps. Cette possibilité facilite également le suivi des productions (plus besoin, par exemple, de cocher quel élève à rendu ou non, son travail) et offre des informations nouvelles (temps passé pour accomplir une tâche…).

Moodle permet de facilement projeter les devoirs rendus en cours pour permettre des corrections collectives;

Le travail collaboratif entre collègues, lui aussi, se fait plus facilement: Moodle permet de partager nos cours ou nos activités mais aussi de partager le résultat d'une séance avec un collègue que l'on aurait remplacé…

La liste des avantages pratiques est encore longue et je ne la parcourrai pas jusqu'au bout.

 

De manière plus intéressante, Moodle m'a permis de faire évoluer ma pratique pédagogique:

Il plaît à une majorité d'élèves: parce qu'il peut (parfois) s'apparenter à un jeu (Cartes incollables…)

Il pousse à diversifier les approches et à proposer des dispositifs pédagogiques particuliers qui s'ajoutent aux méthodes traditionnelles.

Il propose un espace où l'élève peut communiquer autrement. Ce dernier n'a plus nécessairement besoin de lever la main pour dire quelque chose. Celui qui ne trouve pas toujours l'occasion ou le courage de poser ses questions en cours peut le faire de manière plus sereine au moyen de la messagerie. Celui qui désire lancer un débat ouvert ou une question qui concerne toute la classe passera par le forum.

Le travail collaboratif entre élèves est bien facilité. Ils peuvent, par exemple, préparer leurs fiches de révision ensemble ou même fabriquer leurs propres exercices ou les questions pour leurs contrôles à venir (comme les contrôles de lecture…).

Il permet une approche différenciée plus fine et on peut y concevoir des parcours où chaque élève progresse à son rythme.

Il permet une nouvelle interactivité avec la classe en proposant une ouverture vers le multimédia: l'une ou l'autre fois, j'ai ainsi caché des liens amusants (vers "Les Bolloss des Belles Lettres": fiche de lecture parodique en langage "jeune") pour créer le buzz autour d'un cours et de susciter l'intérêt de manière indirecte. Les modules de sondages et les forums permettent aux élèves de faire entendre leur voix et d'ouvrir les débats qu'ils estiment pertinents.

Il permet également aux élèves de se familiariser avec l'outil informatique, savoir-faire transversal qui a sa place dans toutes les matières, y compris le français. Il demande, par exemple, de comprendre et gérer le poids d'un fichier à envoyer (et de ne plus essayer d'envoyer par mail un .avi de 950 Mo); éventuellement, il pousse à apprendre à convertir un fichier dans un autre format moins lourd. Enfin, il prépare les élèves à l'environnement qu'ils connaîtront jusqu'à l'université.

 

Pour moi, cependant, Moodle est surtout l'occasion d'aborder le processus d'enseignement (un peu) différemment.

Sur Moodle, le professeur devient, dans une certaine mesure, éditeur: la publication d'un cours nous pousse à une forme de rigueur supérieure à celle dont on a l'habitude. Les cours déjà écrits doivent être réécrits pour correspondre à un nouveau format. Cette refonte selon des normes et des catégories nouvelles est bénéfique en ce sens qu'elle nous amène à remettre en question nos enseignements et, parfois, il faut le dire, à les dépoussiérer. La publication est aussi le lieu où se développe une certaine fierté du travail bien fait.

De surcroît, le contenu du cours lui-même devient dynamique: le cours s'écrit sur Moodle à mesure qu'il progresse mais pas nécessairement de manière chronologique: comme un article Wikipédia, il s'augmente par plusieurs entrées simultanément. Moodle permet aux élèves de facilement retravailler leurs travaux après une correction intermédiaire (grâce au module Wiki notamment).

Il s'engage doucement une révision des rôles attribuées à l'enseignant comme à l'élève:

  • Parce qu'ils s'entraident, les élèves deviennent des collaborateurs.
  • Parce qu'ils participent à l'écriture du cours, à l'élaboration des contrôles et à l'évaluation des copies, les élèves deviennent des professeurs.
  • Et parce qu'il doit comprendre comment Moodle fonctionne, le professeur devient un abonné du forum Moodle… et, d'une certaine manière, un élève.

Si, pour toutes ces raisons, j'estime que Moodle est un outil précieux,il faut reconnaître que...

 

Moodle m'a aussi, parfois, un peu compliqué la tâche.

Je passe sur les difficultés techniques que tous ont en tête (problèmes de connexion, travaux perdus…) pour insister davantage sur le fait que cet outil est complexe et que son utilisation nécessite un temps d'apprentissage certain.

Cet apprentissage de l'enseignant est indéniablement chronophage. De plus, Moodle n'est pas un outil abouti et se lancer dans l'aventure est faire œuvre de pionnier. C'est excitant mais c'est difficile. Les changement de versions notamment, ont posé des problèmes à certains.

D'autre part, les erreurs de débutant sont inévitables. La première fois que j'ai utilisé le module Atelier, alors que j'avais promis à mes élèves que leurs copies seraient anonymisées lorsque leurs camarades les corrigeraient, j'ai découvert que ça n'était pas le cas. J'avais chargé un élève de vérifier, il m'a prévenu, j'ai assuré le SAV et cherché partout la toute petite case à cocher pour remédier au problème.

Ainsi, Moodle place l'enseignant dans une position d'apprenant. C'est une situation qui n'est pas toujours confortable pour celui qui veut faire autorité. Il faut être en mesure d'assumer, face à ses élèves, l'idée que l'on peut se tromper.

Un apprentissage est aussi nécessaire de la part de l'élève. Face aux difficultés répétées ou aux erreurs, certains élèves peuvent se croire considérés comme des cobayes: une question qui ne fonctionne pas dans un exercice suffit parfois à les dérouter. Pendant le cours, je me suis retrouvé parfois dans des situations où je devais reprendre les paramètres d'un exercice. Mes élèves, pendant qu'ils attendaient patiemment que la manipulation soit faite, ne pouvaient manquer de remarquer qu'ils n'étaient plus du tout au centre de mon attention.

 

Aussi, Moodle est un outil nouveau susceptible de provoquer le rejet ou l'addiction.

Il crée le rejet de certains élèves qui souffrent de la rigidité de cette machine qui leur impose, par exemple, de rendre leur devoir à 19h00 et le refuse à 19h01 sans chercher à comprendre pourquoi ils sont en retard. Certains vivent même certaines situations comme de véritables injustices et leur colère, au retour en cours, est difficile à raisonner.

Il crée l'addiction chez d'autres élèves qui demandent à ce qu'il soit toujours à jour (voire en avance sur le cours). Ils veulent, par exemple pouvoir télécharger les corpus de textes pour les annoter durant le cours.

Ainsi, je ne pense pas que Moodle soit une solution miraculeuse. Il pose encore bien des problèmes. Toutefois, j'utilise Moodle parce qu'il me donne une bonne occasion de pratiquer mon métier différemment.

 

M. Germer Walch

Professeur de Lettres au Lycée Ribeaupierre

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