jeudi 17 octobre 2019

Les chemins de la puissance : les Etats-Unis et le monde depuis 1918

Julien Ebersold et Christophe Marchand (lycée Marcel Rudloff de Strasbourg) ont proposé, lors de la formation sur les nouveaux programmes de l’option Histoire Géographie de la Terminale S, un exemple de mise en œuvre complète sur les chemins de la puissance : les Etats-Unis et le monde depuis 1918 selon une triple approche géohistorique, thématique et méthodologique.

 

En effet, les programmes de l’option de Terminales S invitent à la fois à une lecture géohistorique des phénomènes étudiés et à l’initiation aux méthodes de travail du post-bac.

 

Pour appréhender ce thème des chemins de la puissance des Etats-Unis : ils ont fait le choix d’une approche thématique. Il s’agit de s’interroger avec les élèves sur les caractéristiques et les limites de la puissance des Etats-Unis dans le monde à travers une lecture géohistorique de leur Hard Power et de leur Soft Power en jouant sur les temporalités et sur les échelles.

 

Leur mise en œuvre s’articule en 4 temps :

 

1. Les moments-clefs de la puissance de 1918 à nos jours

 

Julien Ebersold et Christophe Marchand analysent en classe l’éditorial de la revue L’Empire américain du Big Stick au Soft Power (Collection de l’Histoire, 2012) pour amener les élèves à décrypter plusieurs citations pour identifier les grandes dates de l’histoire de la puissance des Etats-Unis auxquelles l’auteur fait allusion.

 

Cette démarche permet de poser avec les élèves les grandes étapes de la puissance des Etats-Unis tout en s’appuyant sur les acquis du programme de Premières (économie mondiale dominée par les Etats-Unis, guerres mondiales, guerre froide, nouvelles conflictualités ...). Ce préalable est indispensable pour appréhender ce thème de manière thématique.

 

Ils proposent en guise de synthèse de cette activité un tableau caractérisant la construction de la puissance états-unienne et une chronologie associant les événements-clés avec les évolutions de cette puissance.

 

 

2. Les instruments de la puissance : les interventions militaires

 

Il s’agit dans ce deuxième chapitre d’entraîner les élèves au fichage d’un article scientifique, exercice assez classique du post-bac. Dans le cas présent, ils font travailler les élèves sur l’article de Bruno Cabanes  « Soldats de la liberté : Pourquoi se battent-ils ? » dans (Les Collections de l’Histoire  août 2012). L’article doit être photocopié pour que les élèves puissent le travailler individuellement ou en groupe.

 

Le cours a été construit autour de capacités de telle sorte que les élèves découvrent les différentes étapes qui permettent de ficher l’article de manière efficace et rationnelle : savoir référencer l’article, repérer les informations clés, s’interroger sur la source et l’auteur, cerner la problématique de l’article, établir le plan de l’article et résumer les idées essentielles et les illustrations factuelles, et exercer son esprit critique sur la thèse défendue par l’auteur.

 

Pour donner un modèle aux élèves, la première partie de l’article « I. De la Première à la Seconde guerre mondiale : l’installation d’une culture de guerre »  a été fiché par les enseignants. Ils proposent ensuite de laisser les élèves ficher en autonomie les trois autres parties : « II. Une armée traversée par des inégalités qui reflètent la société américaine », « III. Le tournant de la guerre froide et le traumatisme du Vietnam » et « IV. Les évolutions actuelles : vers des interventions militaires privatisées ? ». Les élèves doivent utiliser le contenu de l’article mais aussi la riche iconographie proposée par la revue L’Histoire.

 

Par ce biais, on peut amener les élèves à d’aborder le Hard Power américain sous l’angle de l’expérience combattante et des motivations des soldats américains mais aussi de s’interroger sur les éléments qui expliquent pourquoi les Américains prétendent intervenir militairement dans le monde au nom de valeurs morales. En toile de fond, on questionne la situation d’enlisement militaire américain et les remises en cause de l’interventionnisme des Etats-Unis.

 

 

3. La puissance économique des Etats-Unis et le monde

 

Julien Ebersold et Christophe Marchand proposent dans leur 3e chapitre d’aborder les moments-clefs qui depuis 1918 montrent que l’économie américaine est intimement liée au reste du monde. Il ne s’agit pas de revenir sur la place des Etats-Unis dans la mondialisation, thème qui a été remobilisé dans le 1er chapitre et qui a déjà été étudié en Premières. Ils orientent leur séquence autour de trois moments qui reflètent l’articulation entre l’économie mondiale et la puissance économique des Etats-Unis :

 

  • Des Etats-unis à une crise mondialisée : la crise de 1929 et des années 1930. Il s’agit de revenir sur les causes et la diffusion de la crise dans le monde par un organigramme.
  • Le plan Marshall et les années d’après-guerre. C’est le moment fondateur de l’affirmation de la puissance économique mondiale des Etats-Unis et de son rôle leader dans la mondialisation jusqu’à la crise mondiale actuelle. Les formateurs proposent de mener une analyse critique d’affiches de propagande pro et anti-plan Marshall.
  • La crise des subprimes et la remise en cause de l’économie américaine triomphante. Il s’agit de montrer en quoi la crise des subprimes a contribué à remettre en question le système financier, le modèle de croissance économique des années 1990 et le modèle de société américain. Il utilise un film d’animation créé par Rue89 afin de faire comprendre aux élèves les fondamentaux de cette crise et font construire un organigramme aux élèves montrant les répercussions de la crise des subprimes aux Etats-Unis et dans le monde.

 

 

4. Les instruments de la puissance : le soft power

 

Julien Ebersold et Christophe Marchand proposent d’aborder l’attractivité culturelle des Etats-Unis comme une composante de leur puissance en 3 temps :

 

  • « L’exemple du cinéma américain » à partir d’un travail de fichage d’un second article portant sur « Hollywood : les dessous du rêve américain » écrit par Yannick Déhée (Collections de l’Histoire, août 2012). Ils proposent ensuite en classe une évaluation portant sur leur travail sous la forme d’un plan détaillé. La correction constitue le cours.
  • « Les auteurs vecteurs de l’influence américaine »
  • « Un Soft Power contesté : l’antiaméricanisme » à travers l’étude d’une œuvre de Fougeron, La civilisation atlantique, datant de 1953. Les élèves ayant déjà travaillé sur l’antiaméricanisme dans le Proche et Moyen Orient, on peut faire le choix d’une autre approche pour aborder la contestation du modèle culturel des Etats-Unis.

à consulter

De nombreux ouvrages ont été récemment publiés sur l'hyperpuissance des Etats-Unis et la question de son "déclin".

En plus du numéro 56 des Collections de L’Histoire, L’Empire américain. Du Big Stick au Soft Power (août 2012), on peut se référer, parmi d’autres, aux publications de Philip Golub, Une autre histoire de la puissance américaine (2011) et de Pierre Mélandri, Histoire des Etats-Unis contemporains (2008).