jeudi 24 octobre 2019

Internet, nouveau territoire de la Défense ? (Trinôme académique 2009)

La seconde journée d’approfondissement du Trinôme académique de la Défense de Strasbourg a eu lieu le 7 avril 2009. Sa thématique a porté sur le cyberespace comme nouvel enjeu de sécurité et de Défense à travers différentes des conférences et des propositions pédagogiques : 

 

Le livre Blanc de la Défense et la Sécurité

En guise d’introduction à la journée, le Colonel Pellistrandi a abordé les éléments qui relevaient dans le Livre Blanc de la Défense des procédures et des instruments de protection du cyberespace français, de lutte contre les cyberattaques.  Comme le Colonel Pellistrandi commande la Brigade Multinationale d'Appui au Commandement de l’Eurocorps, les participants au stage ont pu profiter de son expérience directe sur le terrain lors de la sécurisation de Strasbourg pour le congrès de l’OTAN qui a eu lieu début avril 2009.

 


Internet est-il conçu par les Etats comme un territoire à défendre ? L'exemple chinois

Dans le cadre de ce Trinôme académique, Julien Ebersold et Christophe Marchand, du lycée Marcel Rudloff de Strasbourg, se sont intéressés plus spécifiquement à la Chine et internet à travers la gestion de son cyberterritoire.

 

Il faut tout d’abord rappeler que la Chine a su construire un système de gouvernement original associant modernisation économique (ouverture) et autoritarisme (fermeture) idéologique. Or les études sur le sujet tendent à montrer que la manière dont la Chine a développé et encadré son Internet relève exactement des mêmes objectifs de modernisation économique et de contrôle idéologique.

 

Ainsi pour appréhender ce sujet, les deux enseignants décident de partir de la notion de territoire pour mieux mettre en évidence les différentes logiques par lesquelles l’Etat chinois s’est approprié son espace et l’a aménagé pour en faire le levier principal de sa réémergence comme puissance mondiale majeure.

 

Ils montrent qu’à bien des égards la Chine s'approprie le cyberespace conformément aux grandes logiques générales qui président à la gestion de son territoire. Ainsi on ne peut comprendre comment la Chine s'approprie le cyberespace qu'en comprenant les logiques de gestion et de défense de son territoire.

 

 

Les deux intervenants ont donc décliné les différentes logiques de défense et de gestion du territoire chinois en mettant en relation les traductions spatiales  (pour le territoire chinois) et les traductions cyberspatiales (pour le cyberespace chinois).

LES LOGIQUES DE GESTION ET DE DEFENSE DU TERRITOIRE CHINOIS

LEURS "ÉCHOS" SUR LA MANIÈRE QU'A LA CHINE DE S'APPROPRIER LE CYBERESPACE

Une ouverture progressive et contrôlée du territoire à la mondialisation pour protéger son modèle idéologique

Faire fonctionner l'internet chinois comme un vaste intranet

Une volonté d'accélérer le développement économique du territoire

Développement croissant de ses réseaux internet et mise en place de stratégies d'aspiration des savoirs

Une volonté de contrôler et d’encadrer tous les espaces d’expression

Mise en place et développement des moyens de contrôle et de surveillance du réseau

Une volonté de rayonner sur le plan géopolitique à plusieurs échelles

Utilisation d'internet comme levier de puissance par la propagande

Une politique de défense basée sur la stratégie de la "guerre sans restriction"

Utilisation croissante de la cyberguerre

 

 

Pour ce faire, ils ont décidé d’utiliser la chorématique pour transcrire les différents types de traductions spatiales (pour le territoire réel) puis cyberspatiales (pour l’espace virtuel).

 

Les deux enseignants ont produit une analyse du territoire réel et du cyberespace chinois qui s’appuie sur un certain nombre de schémas, qui peuvent être réutilisés dans les programmes de Terminales ES-L et de Premières STI2D portant sur la Chine contemporaine.


Qu’est-ce que la cyberguerre ?

Marc Bartolini, professeur au lycée Marcel Rudloff de Strasbourg, propose de réfléchir de manière assez large et globale sur la thématique de la cyberguerre.

 

Pour poser les fondements de son activité pédagogique, il propose plusieurs documents qui permettent de faire le point sur le vocabulaire de la cyberguerre (guerre pour l’information, guerre contre l’information et guerre par l’information) et sur la chronologie de l’internet (d’abord une invention militaire qui s’est démocratisée et massifiée).

 

A partir de documents vidéos (impossibles à diffuser sur le site), un extrait du film War Games (1983) puis du documentaire de France 5 Hackers, pirates et guerres secrètes, de mars 2009, l’enseignant cherche à montrer comment s’est transformée la vision du « hacker », ses outils technologiques et ses ambitions aujourd’hui criminelles (terrorisme) et criminalisées dans le cadre de la cyberguerre. En outre, à partir d’un document internet sur « un ver qui met à mal la marine française », il prend un exemple concret et récent d’une attaque cybernétique contre la Marine  française.

 

Cherchant à comprendre si « Internet est un nouveau territoire qui affaiblit les Etats ? », Marc Bartolini construit un mise en application pédagogique concrète adaptée à la classe de Seconde, dans le cadre de premier chapitre de géographie Plus de six milliards d’hommes [ancien programme], thématisé autour de la notion de territoire. De la même manière, ce sujet peut être transposé en Terminale dans l’étude des nouvelles menaces qui déstabilisent le nouvel ordre mondial.

 

Il décline, à partir d’une fiche de questions, trois temps d’analyse :

-          Internet, un territoire ?

-          Internet, un nouveau territoire de la Défense ?

-          L’Estonie, un exemple de cyberguerre

 

Pour rendre compte de la multiplicité des acteurs spatiaux et de l’enchevêtrement des causalités (acteurs de la cyberguerre, les types de menaces, leurs effets, les formes de protection …), il propose un organigramme de synthèse et un croquis (pour spatialiser les principales idées).

 


Qu’est-ce que la cybercriminalité ?

Pour terminer cette journée de formation, Emmanuel Bender, professeur d’histoire géographie, et Laurent Macé, chargé de mission régionale sur l'intelligence économique à la Trésorerie générale de la Région Alsace et du Bas-Rhin, abordent un autre versant de l’Internet, qui tout en ayant favorisé une intensification et une explosion des flux d’informations, a aussi engendré une nouvelle forme de délinquance : la cybercriminalité.

 

Le dialogue entre l’expert et l’enseignant a permis de faire le point sur l’Intelligence économique et de réfléchir à des propositions de transpositions pédagogiques.

 Les problématiques abordées

Quelles transpositions pédagogiques ?

Qu’est-ce que la cybercriminalité ?

 

Définir la cybercriminalité à partir de l’exemple du piratage des données bancaires.

La construction d’un schéma d’une escroquerie type… et de son caractère criminel.

Comment assurer la sécurité des hommes et des réseaux ?

Un acteur de la lutte contre la criminalité : la Gendarmerie nationale.

Les moyens techniques disponibles pour lutter contre le téléchargement illicite.

 Quelles sont les logiques spatiales de la cybercriminalité ?

 

Relever la proximité des notions entre l’informatique et la géographie.

Construire un croquis de synthèse sur la mondialisation de la cybercriminalité (les centres d’impulsion et les flux de la cybercriminalité puis les organisations pour défendre le territoire de l’Internet).

à télécharger

Sur l'internet en Chine

Frédérick Douzet, maître de conférences à l'Institut de géopolitique français, a produit un article sur "Les frontières de l'internet chinois" dans la Revue Hérodote, n° 125 (2007) portant sur La Chine, nouveaux enjeux géopolitiques.

Pierre Haski, journaliste de Rue89, est l'auteur de La Chine et internet (2008).