jeudi 19 juillet 2018

Inter-académique à Dijon

Éducation musicale et chant choral - 14 février 2016

Publié dans : Éducation musicale et chant choral

Philippe Hersant

Les délégations de professeurs des académies de Dijon, Nancy-Metz, Besançon, Lyon, Reims, Clermont-Ferrand et Strasbourg se sont retrouvées les 2 et 3 février au lycée Carnot de la capitale bourguignonne.

Organisées par Isabelle Magnin, IA-IPR d'éducation musicale et chant choral de l'académie de Dijon, les journées ont permis des temps à trois dimensions: technique, artistique et pédagogique; des échanges liés à l'évaluation, aux usages du numérique au lycée, le passage de la troisième à la seconde, un moment musical donné par l'ensemble "les inventions" autour d'oeuvres de Rameau, , la possibilité d'assister au concert de Fazil Say à l'opéra de Dijon, un entretien avec l'inspecteur Général, Vincent Maestracci et une conférence du compositeur Philippe Hersant étaient au programme. 

 

MARDI 2 FEVRIER

 

- 9H : accueil café et programme des journées

- 10H : Chapelle du lycée : concert autour du programme du baccalauréat RAMEAU donné pour les lycéens par Patrick Ayrton et son ensemble Les Elements.

 Chaque extrait a fait l’objet d’une courte présentation (paroles du texte et place de l’extrait dans l’œuvre entière, tempérament des instruments (Werkmeister) , repères organologiques)

 

- 11H- 12H30 : Liaison collège/lycée. En quoi les compétences construites au collège peuvent elles s’inscrire dans celles attendues au lycée, en enseignement facultatif ou de spécialité ?

Lors des discussions qui ont suivi la présentation de Marie Gandin, IA-IPR de l'académie de Reims,  la compréhension et  l’appropriation  du programme du lycée, de la notion de compétences, d’évaluation ont été interrogées. Sans entrer dans le détail du programme du cycle 4 qui entre en vigueur en 2016, l’accent est mis  sur la place de l’élève (son parcours, son accompagnement) consolidée

 

Pause déjeuner

 

14h-17h30 : les pratiques pédagogiques convoquant le numérique en  lycée :

Mathilde Auger, rédactrice au CNED, Professeure au lycée Saint Exupéry de l'académie de Lyon présente les séquences proposées aux élèves qui suivent les cours par correspondance. Le profil de ceux ci est très varié (adolescents, enfants, incarcérés, phobiques… disséminés sur la planète) et concevoir un enseignement qui prenne en compte la pratique est périlleux. Mathilde Auger propose une séquence sur Musique et société. 

 

Pierre Gobert, professeur dans l’académie de Lyon présente l’application Smartfaust, qui « permet de jouer de la musique avec un smartphone », comme le témoigne cette vidéo. Il met l’accent bien sûr sur la grande intuition de manipulation du son puisque c’est en inclinant le portable dans toutes les directions, que l’on peut transformer le son enregistré au préalable grâce à l’application. A travers une situation d’aspect ludique, les élèves abordent de manière sensible de nombreux qualificatifs du son.  Au-delà de cet aspect kinesthésique (maîtrise du geste de la main en fonction de son effet sur le son) l’élève construit des compétences liées à la concentration et à la mémoire (du geste, de l’oreille) entre autres. Lors d’une création collective, il ajoute à cette tâche complexe, la compréhension et le suivi des consignes données par le chef (en direct ou en amont du rendu collectif).

Cette application, développée par le GRAMe à Lyon connait un vif succès dans sa capacité d’inclusion. Les élèves se montrent à la fois intéressés, actifs, volontaires, critiques et inventifs.

 

Pierre Gobert présente ensuite Space Deck, un mur collaboratif. Différent d’un blog ou d’un ENT qui permet aisément le principe d’une classe inversée, le Space Deck intègre la dimension collaborative : les élèves peuvent passer de la visualisation des dossiers de toutes natures (sons, pdf, vidéo), à la collaboration en passant par la simple modification.

Moyennant un abonnement de 40€ par an (budgété par l’établissement) pour un nombre de murs illimité, et 10Go d’espace, le créateur du mur transmet les liens à ses élèves qui leur permettent d’y accéder. Le mur demeure un espace « privé » aux seuls détenteurs du lien.

 

Jean-luc Roth, professeur dans l’académie de Strasbourg, présente deux logiciels gratuits, anciens mais toujours exploités. 

Coagula, construit comme une table graphique donne la possibilité aux élèves  de comprendre de manière durable, preuve visuelle à l’appui, les caractéristiques du son en faisant le lien entre le visuel et le sonore. Au début, les élèves dessinent une fleur puis progressivement, comprennent  la signification de l’abscisse et de l’ordonnée.

 

Ils comprennent la spatialisation,  la durée, les sons striés, … Il est possible alors d’explorer avec pertinence les partitions d’une manière générale et plus précisément celle de Xenakis par exemple.

 

Sonic Visualiser est une forme d’ancêtre de l’acousmographe. D’utilisation aisée et intuitive, il permet une analyse tonale, la visualisation des quart de tons…puisque ce logiciel permet une visualisation de la structure d'une pièce musicale. 

 

Jérôme Brie, professeur dans l’académie de Besançon, présente son travail avec une classe de lycée qui décide de monter un mash up (mash-up = medley, pot-pourri … ou pastiche dans le sens ancien du terme tel qu'illustré par Stravinsky dans Pulcinella).  Conscient de la grande difficulté pour la classe de monter un tel projet, le professeur se place d’emblée en posture d’accompagnement. 

Le projet appelé : « Arrangement : interprétation et création musicale » est entièrement mené par les élèves avec l’aide du professeur qui devient personne ressource. Il se décline de la manière suivante, en deux phases :

o    Recherche sur le web,  sélection et choix d’extraits  :  Breezeblocks par Alt J ;  Fall Out Boy par Young Volcanoes ;  Hey Now par Martin Solveig and Cataract ; Counting Stars par One Republic ; Ghost par Skip The Use ; Hey You par Pony Pony Run Run.

o    Découpage et collage des extraits (audacity, cubase, tout logiciel de home studio)

o    Transposition de certains extraits pour tout ramener à un même ton : repérage des problèmes de tessiture.

o    Calage des tempi (n'a pas été nécessaire ici)

o    Le fichier mp3 du collage est partagé.

Puis

o    Relevé, établissement d'une partition d'ensemble (saisie  sur Finale par le professeur, support relativement inutile, les élèves mémorisent rapidement d’oreille leurs interventions. 

o    Arrangement de chaque séquence en fonction de la formation instrumentale et vocale

o    Composition de transitions, ponts, entre les séquences (connexion avec le cours sur Mozart spé et opt : la forme sonate dans le divertimento ou la sérénade, le rôle des ponts dans l'exposition et la réexposition, comment mener d'un groupe thématique à un autre)

o    Répétition et enregistrements successifs jusqu'à parvenir à la bonne interprétation

o    Performance live lors du concert d'élèves (prévu les 26 et 27 avril 2016)   

 

 

Après ces courtes présentations, les 40 participants sont invités à concevoir en 4 ateliers une séquence de niveau,  de la thématique et de l’utilisation du support numérique de leur choix.  Lors des restitutions, le niveau seconde a été privilégié. Les groupes ont imaginé quelques situations dont quelques propositions sont résumées ci-dessous :  ont proposé :

  • La sonorisation d’une bande dessinée de Lucky Luke avec Riper. L’exploitation et le choix des vignettes, les transitions,  les compétences travaillées par les élèves, le temps imparti,  l’évaluation … ont été abordées.
  • Avec Space Deck, une séquence sur musique et expression des sentiments est imaginée : des documents postés, modifiés en amont du travail en cours en présentiel donnent les œuvres abordées qui serviront de pré<del>e</del>texte à une création à la manière d’un slam ou d’une création à partir d’une bande de sons. Sous audacity ensuite,  le montage est effectué, en fonction des intentions que les  élèves auront  postées également sur le mur.
  • En terminale, la notion de pastiche est abordée sous audacity : les élèves sont invités à repérer des éléments identiques dans des musiques différentes ou qui s’inspirent les unes des autres, comme par exemple Williams, Mahler, K<del></del>orngold ou Zemlinsky.
  • En intégrant les arts plastiques dans la démarche créatrice, il est question en 2nde de la réalisation d’un court métrage. Il s’agirait de créer un environnement sonore, sur un environnement visuel. Les élèves travaillent le vocabulaire, argumente leur choix et les réalisent. Ils enregistrent via l’IPad (sous garage band et iMovie)

   

MERCREDI 3 FEVRIER

 

- 9H-10H :L'évaluation en lycée. 

Dominique Terry, IA IPR Lyon, dans sa présentation, met en parallèle les compétences attendues en seconde et cycle terminal. Une mise  en perspective des objectifs avec les compétences nécessaires permet alors d’interroger  la posture des examinateurs des épreuves du baccalauréat. La nature, la durée, la finalité et l’organisation de la réunion d’harmonisation sont débattues et la pluralité des méthodes dans les différentes académies  est soulignée. Une certaine difficulté demeure dans l’intitulé exhaustif des attendus des épreuves, leur compréhension et leur exigence finalement établie. Les professeurs désignés jurés qui n’enseignent pas en lycée (et c’est la majorité) doivent faire l’objet d’une attention particulière et une préparation minutieuse. L’éventualité d’un CD national sera évoquée demain mais finalement écarté par l’Inspecteur Général, pour de nombreux raisons pas seulement logistiques.

Cette réflexion menée ce jour à travers la présentation de Dominique Terry, dont elle souligne un éventuel prolongement dans les lectures des articles de Caroline Veltcheff,  avait pour vocation d’inviter les concepteurs que sont les professeurs à,  sans cesse,  se poser la question de la finalité de leur enseignement. Sans modéliser en aucune manière une quelconque méthode, il s’agissait d’inviter ici chaque acteur à chercher et trouver les situations pédagogiques qui permettent de placer les lycéens en situation de réussite de leur propre parcours, immanquablement singulier.

 

10h : Arrivée de M. le Recteur, M ; le proviseur, Mme la Proviseure Adjointe et Vincent Maestracci, Inspecteur Général.

M. le Recteur après avoir souligné la qualité de l’action de Madame Magnin dans l’académie,  met l’accent sur l’enseignement de la musique en tant qu’éducation par l’art. Il met en valeur la capacité de la musique à favoriser le vivre ensemble, une forme de bien-être et termine par une citation de Baudelaire «  la musique creuse le ciel » à travers laquelle il met cette fois-ci l’accent sur notre rôle de démocratisation de l’enseignement de la musique à l’école qui s’adresse à tous les élèves.

Vincent Maestracci clôture cette ouverture institutionnelle des travaux par un rappel de l’importance des enseignements artistiques obligatoires à l’école et au collège pouvant être poursuivis au lycée, selon l’offre de chaque lycée.

L’Inspecteur général mentionne les quatre dimensions essentielles qu’associe l’enseignement moral et civique (EMC) : la sensibilité, la règle et le droit, le jugement et l’engagement, ces mêmes champs qui se trouvent au cœur des enjeux et objectifs de formation des programmes des enseignements artistiques.

 

10h15: Philippe Hersant et la référence au passé.

En guise d’introduction, Philippe Hersant (dont le site officiel retrace la biographie et l’actualité artistique) affirme que le pastiche n’est pas au cœur de sa création. En revanche, tout au long de son propos, c’est bien le rapport qu’il entretient avec la musique du passé qui influence de manière plus ou moins consciente,  selon lui, son écriture. Dès son entrée dans la classe d’André Jolivet, en pleine effervescence post-soixante-huitarde à Paris, il a le sentiment qu’il faut absolument faire table rase du passé : « l’orchestre est mort, l’opéra est mort, il faut faire du neuf ! » Après l’enthousiasme suit une forme de désillusion qui l’éloigne de sa table de travail jusqu’à son arrivée à la Villa Medicis qui lui permet de retrouver sa ville natale. Loin du parisianisme dans lequel, il se sentait contraint d’écrire une musique qu’il n’écoutait pas, il assume son rapport proustien à la création : à la manière de Fellini, il aime inventer ses souvenirs, comme Proust, il aime ce passé qui ressurgit du présent.

C’est ainsi que pendant presque deux heures, compositeur explique très simplement que son inspiration peut procéder d’états d’esprit, d’émotions, de situations, de réminiscences (titre employé par Liszt d’ailleurs dans ses toutes dernières œuvres) de souvenirs comme celle de l’enregistrement perdu d’une flute berbère qui inspira une des cinq miniatures. Tour à tour, il parle de fantôme  (d’hallucination sonore, telle que l’identifie Jean Marc Bardot dans la revue Musurgia) dans l’œuvre qu’il écrit après la mort de son ami Olivier Greif en 2000  et qui juxtapose une mélodie ancienne, un glas et des cris d’oiseau qui ne s’influencent pas.   Tour à tour, il parle de fusion dans les fugitives impressions de Liszt ou Wagner. Tour à tour il parle de faux pastiche dans son opéra le château des Carpates, dans lequel il invente, pour respecter l’argument de Jules Verne, une mélodie d’opéra italien « à la manière Monteverdi ou de Bellini ».

Questionné sur sa démarche qui pourrait s’apparenter à celle de Stravinsky qui pastiche Pergolèse dans Pulcinella, Hersant précise que le Russe, arrivé à Paris en ignorant la musique de Pergolèse, se l'approprie en la pastichant pour mieux la connaitre.  Stravinsky cherche une forme de langage commun à tous, comme une sorte de pont historique et esthétique, ce qui n’est pas le cas chez lui qui s’inscrit dans une subjectivité assumée.

Les Vêpres de la Vierge Marie , écrites en 2014 pour le 850ème anniversaire de la cathédrale Notre Dame de Paris, inaugurent un nouveau terrain de recherche dans l’œuvre de Philippe Hersant,  lui "le mystique athée", celle de la forme. C’est la première fois qu’un rapport chronologique guide le musicien qui alterne les ritournelles instrumentales et les versets du Magnificat du 8ème ton à la manière de Monteverdi.

C’est par son expérience à Clairvaux, que Philippe Hersant termine son propos ce matin. A la suite de Thierry MAchuel, il s’installe à Clairvaux et écrit sur des textes de détenus dans Instants limites . Philippe Hersant insiste sur l’émotion, voire l’appréhension que le milieu carcéral lui inspire,  « à la fois d’une violence inouïe et d’un grand calme ». Chaque pièce écrite dans ce contexte est directement inspirée par l’image que le détenu lui renvoie : celui qui sourit comme un enfant lui inspire une berceuse ;  la voix de l’un engendrera l’utilisation d’un harmonica.

 

 

14h: déchiffrage et interprétation de pièces vocales polyphoniques extraites de l’œuvre chorale composée par Jérôme Brie : Les liens du son. Accompagnement au piano, Jérôme Brie ; direction de chœur, Jean-Marie Caniard.

 

15h: plénière avec Vincent Maestracci

En réinterrogeant les présentations proposées aux professeurs, plusieurs  questions sont soulevées : liaison 3/2nde, Réforme du collège, évaluation, le devenir des TMD… 

Vincent Maestracci met en perspective la difficulté de permettre une orientation assumée (et non  subie) aux  élèves avec la problématique de la sectorisation. Celle ci, dérogée exceptionnellement dans certaines académies,  fragilise les flux et entre en résonnance avec la question du statut de la classe de seconde dans une société où les adolescents le sont à la fois plus tard et plus tôt.

En amont du lycée, la réforme de l’enseignement obligatoire (et non pas seulement du collège puisque les cycles 2, 3 et 4 sont concernés à la rentrée 2016) renforce une approche curriculaire du programme des cycles. Pour la première fois,  une image globale des enseignements de la maternelle à la terminale apparait, par son organisation par cycle (avec une classe de seconde singulière dans le cursus).  Il est alors  important  de constater que même si le programme de 2016 semble moins dense que celui de 2008, les grandes lignes du travail engagé sont toujours présentes. Les textes d’accompagnement attendus dans les semaines  à venir, s’efforceront de consolider l’intérêt d’une problématique et de l’architecture en séquence,  d’identifier la compétence et la connaissance, de réfléchir sur la finalité et la nature de l’évaluation.

A travers l’évaluation, c’est également des épreuves du baccalauréat dont il a été question : les académies présentes s’y préparent de manière diverse et il demeure une certaine difficulté à irradier dans les  jurys la notion des compétence et surtout toutes celles attendues (et celles non attendues !). Les échanges ont porté sur la nécessité d'une réunion d’harmonisation (qui peut, selon les académies durer 3 heures courant avril ou 15 minutes avant l’arrivée des candidats) l’opportunité d’un Cd de supports d'écoute confectionné par centre, par académie ou  nationalement, le pilotage de l’IA-IPR de ces épreuves nationales, le statut de la fiche de synthèse …