ODE VINGT-DEUXIÈME

V_XIX.gif (2896 octets)

Pictura poesis.

HORACE.

Quand ie voy tant de couleurs
          Et de fleurs
Qui esmaillent un riuage,
Ie pense voir le beau teint
          Qui est peint
Si vermeil en son visage.

 

Quand ie sens, parmi les prez
          Diaprez,
Les fleurs dont la terre est pleine,
Lors ie fais croire à mes sens
          Que ie sens
La douceur de son haleine.

RONSARD.

 

 
 
 
 
 
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I

Oui, ce front, ce sourire et cette fraîche joue,
          C'est bien l'enfant qui pleure et joue,
          Et qu'un esprit du ciel défend !
De ses doux traits, ravis à la sainte phalange,
          C'est bien le délicat mélange ;
          Poëte, j'y crois voir un ange,
          Père, j'y trouve mon enfant.
 
On devine à ses yeux, pleins d'une pure flamme,
Qu'au paradis, d'où vient son âme,
          Elle a dit un récent adieu.
Son regard, rayonnant d'une joie éphémère,
          Semble en suivre encor la chimère,
          Et revoir dans sa douce mère
          L'humble mère de l'Enfant-Dieu !
 
On dirait qu'elle écoute un chœur de voix célestes,
          Que, de loin, des vierges modestes
          Elle entend l'appel gracieux ;
A son joyeux regard, à son naïf sourire,
          On serait tenté de lui dire :
          – Jeune ange, quel fut ton martyre,
          Et quel est ton nom dans les cieux ?

II

O toi dont le pinceau me la fit si touchante,
          Tu me la peins, je te la chante !
          Car tes nobles travaux vivront ;
Une force virile à ta grâce est unie ;
          Tes couleurs sont une harmonie ;
          Et dans ton enfance un génie
          Mit une flamme sur ton front !
 
Sans doute quelque fée, à ton berceau venue,
          Des sept couleurs que dans la nue
          Suspend le prisme aérien,
Des roses de l'aurore humide et matinale,
          Des feux de l'aube boréale,
          Fit une palette idéale
          Pour ton pinceau magicien !

6 novembre 1825.