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- Largesse, ô chevaliers ! largesse aux suivants d'armes !
Venez tous ! soit qu'au sein des jeux ou des alarmes,
Votre écu de Milan porte le vert dragon,
Le manteau noir d'Agra, semé de blanches larmes,
La fleur de lys de France, ou la croix d'Aragon.
-
- Déjà
la lice est ouverte ;
Les clercs
en ont fait le tour ;
La
bannière blanche et verte
Flotte au
front de chaque tour ;
La foule
éclate en paroles :
Les
légères banderoles
Se mêlent
en voltigeant ;
Et le
héros du portique
Sur l'or de
sa dalmatique
Suspend le
griffon d'argent.
-
- Les
maisons peuplent leur faîte ;
Au loin
gronde le beffroi ;
Tout nous
promet une fête
Digne des
regards du roi.
La reine,
à ce jour suprême,
A de son
épargne même
Consacré
douze deniers,
Et pour
l'embellir encore,
Racheté
des fers du Maure
Douze
chrétiens prisonniers.
-
- Or,
comme la loi l'ordonne,
Chevaliers
au cur loyal,
Avant que
le clairon sonne,
Ecoutez
l'édit royal.
Car, sans
l'entendre en silence,
Celui qui
saisit la lance
N'a plus
qu'un glaive maudit.
Croyez ces
conseils prospères !
C'est ce
qu'ont dit à nos pères
Ceux à qui
Dieu l'avait dit !
-
- D'abord,
des saintes louanges
Chantez les
versets bénis,
Chantez
Jésus, les archanges,
Et
monseigneur saint Denis !
Jurez sur
les évangiles
Que, si vos
bras sont fragiles,
Rien ne
ternit votre honneur ;
Que vous
pourrez, s'il se lève,
Montrer au
roi votre glaive,
Comme votre
âme au Seigneur !
-
- D'un
saint touchez la dépouille !
Jurez,
comtes et barons,
Que nulle
fange ne souille
L'or pur de
vos éperons !
Que de ses
vassaux fidèles,
Dans ses
noires citadelles,
Nul de vous
n'est le bourreau !
Que, du
sort bravant l'épreuve,
Pour
l'orphelin et la veuve
Votre
épée est sans fourreau !
-
- Preux
que l'honneur accompagne,
N'oubliez
pas les vertus
Des vieux
pairs de Charlemagne,
Des vieux
champions d'Artus !
Malheur au
vainqueur sans gloire,
Qui doit sa
lâche victoire
A de hideux
nécromants !
Honte au
guerrier sans vaillance
Qui combat
la noble lance
Avec
d'impurs talismans !
-
- Un
jour, sur les murs funestes
De son
infâme château,
On voit
pendre ses vils restes
Aux bras
d'un sanglant poteau ;
Eternisant
ses supplices,
Les
enchanteurs, ses complices,
Dans les
ombres déchaînés,
Parmi
d'affreux sortilèges
A leurs
festins sacrilèges
Mêlent ses
os décharnés !
-
- Mais
gloire au guerrier austère !
Gloire au
pieux châtelain !
Chaque
belle sans mystère
Brode son
nom sur le lin ;
Le
mélodieux trouvère
A son
glaive, qu'on révère,
Consacre un
chant immortel ;
Dans sa
tombe est une fée ;
Et l'on
donne à son trophée
Pour
piédestal un autel.
-
- Donc,
en vos âmes courtoises.
Gravez,
pairs et damoisels,
La loi des
joutes gauloises
Et des
galants carrousels !
Par les
juges de l'épée,
Par leur
belle détrompée,
Les félons
seront honnis.
Leur
opprobre est sans refuges ;
Ceux qui
condamnent les juges
Par les
dames sont punis !
-
- Largesse, ô chevaliers ! largesse aux suivants d'armes !
Venez tous ! soit qu'au sein des jeux ou des alarmes,
Votre écu de Milan porte le vert dragon,
Le manteau noir d'Agra, semé de blanches larmes,
La fleur de lys de France, ou la croix d'Aragon.
Janvier 1824. |
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