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I
- Lyre ! encore un hommage à la vertu qui t'aime !
Assez tu dérobas des hymnes d'anathème
Au funèbre Isaïe, au triste Ezéchiel !
Pour consoler les morts, pour pleurer les victimes,
Lyre, il faut de ces chants
sublimes
Dont tous les échos sont au
ciel.
-
- Elle aussi, Dieu l'a
rappelée !
Les cieux nous enviaient
Sombreuil ;
Ils ont repris leur
exilée ;
Nous tous, bannis, traînons
le deuil.
Répondez, a-t-on vu son
ombre
S'évanouir dans la nuit
sombre,
Ou fuir vers le jour
immortel ?
La vit-on monter ou
descendre ?
Où déposerons-nous sa
cendre ?
Est-ce à la tombe ?
est-ce à l'autel ?
-
- Ne pleurez pas, prions : les saints l'ont réclamée ;
Prions : adorez-la, vous qui l'avez aimée !
Elle est avec ses surs, anges purs et charmants,
Ces vierges qui, jadis, sur la croix attachées,
Ou, comme au sein des fleurs sur des brasiers couchées,
S'endormirent dans les
tourments.
-
- Sa vie était un pur
mystère
D'innocence et de saints
remords ;
Cette âme a passé sur la
terre
Entre les vivants et les
morts.
Souvent, hélas !
l'infortunée,
Comme si de sa destinée
La mort eût rompu le lien,
Sentit, avec des terreurs
vaines,
Se glacer dans ses pâles
veines
Un sang qui n'était pas le
sien !
II
- O jour où le trépas perdit son privilège,
Où, rachetant un meurtre au prix d'un sacrilège,
Le sang des morts coula dans son sein virginal !
Entre l'impur breuvage et le fer parricide,
Les bourreaux poursuivaient l'héroïne timide
D'une insulte funèbre et d'un rire infernal !
-
- Son triomphe est dans
son supplice.
Elle a, levant ses yeux au
ciel,
Bu le sang au même calice
Où Jésus mourant but le
fiel.
Oh ! que d'amour dans ce
courage !...
Mais, quand périrent dans
l'orage
Ses parents, que la France a
plaints,
Pour consoler l'auguste fille
Dieu lui confia sa famille
Et de veuves et d'orphelins.
III
- Car il lui fut donné de survivre au martyre.
Elle fut sur nos bords, d'où la foi se retire,
Comme un rayon du soir resté sur l'horizon ;
Dieu la marqua d'un signe entre toutes les femmes,
Et voulut dans son champ, où glanent si peu d'âmes,
Laisser cet épi mûr de la sainte moisson.
-
- Elle était heureuse,
ici même !
Du bras dont il venge ses
droits,
Le Seigneur soutient ceux
qu'il aime,
Et les aide à porter la
croix.
Il montre, en visions
étranges,
A Jacob l'échelle des anges,
A Saül les antres
d'Endor ;
Sa main mystérieuse et
sainte
Sait cacher le miel dans
l'absinthe,
Et la cendre dans les fruits
d'or.
-
- Sa constante équité n'est jamais assoupie ;
Le méchant, sous la pourpre où son bonheur s'expie,
Envie un toit de chaume au fidèle abattu ;
Et, quand l'impie heureux, bercé sur des abîmes,
Se crée un enfer de ses
crimes,
Le juste en pleurs se fait un ciel de sa vertu.
-
- On dit qu'en dépouillant la
vie
Elle parut la regretter,
Et jeta des regards d'envie
Sur les fers qu'elle allait
quitter.
« O mon
Dieu ! retardez mon heure.
Loin de la vallée où l'on
pleure,
Suis-je digne de
m'envoler ?
Ce n'est pas la mort que
j'implore,
Seigneur ; je puis
souffrir encore,
Et je veux encor consoler.
-
- »Je pars ; ayez pitié de ceux que j'abandonne !
Quel amour leur rendra l'amour que je leur donne ?
Pourquoi du saint bonheur sitôt me couronner ?
Laissez mon âme encor sur leurs maux se répandre ;
Je n'aurai plus au ciel d'opprimés à défendre,
Ni d'oppresseurs à
pardonner !»
-
- Il faut donc que le
juste meure !
En vain, dans ses regrets
nommés,
Ont passé devant sa demeure
Tous ses pauvres accoutumés.
Maintenant, ô fils des
chaumières !
Payez son aumône en
prières ;
Suivez-la d'un pieux adieu,
Orphelins, veuves
déplorables,
Vous tous, faibles et
misérables,
Images augustes de
Dieu !
IV
- O Dieu ! ne reprends pas ceux que ta flamme anime.
Si la vertu s'en va, que deviendra le crime ?
Où pourront du méchant se reposer les yeux ?
N'enlève pas au monde un espoir salutaire.
Laisse des justes sur la
terre !
N'as-tu donc pas, Seigneur, assez d'anges aux cieux ?
1er - 4 octobre 1823. |
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