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Françoise de Rimini, en italien Francesca da Rimini, est une jeune femme de la noblesse italienne, fille de Guido da Polenta, seigneur de Ravenne, mariée contre son gré en 1275, sans doute pour conclure une alliance politique, à Giovanni Malatesta da Rimini. Elle s'éprend de Paolo, frère cadet de son mari, dont elle devient la maîtresse. Un jour, Giovanni Malatesta découvre leur liaison et les tue tous les deux.
Dans le chant V de
l'Enfer de sa Divina Commedia,
Dante célèbre avec une grand compassion l'amour qui unit les amants assassinés : il vient de pénétrer avec son guide Virgile dans le second cercle de l'enfer, où sont punis ceux qui se sont adonnés au péché de la chair ; apercevant deux ombres qui viennent d'apparaître, il les prie de venir leur parler ; Françoise de Rimini et Paolo Malatesta viennent à eux – ce sont les premiers damnés qui leur adressent la parole...

 

Puis à eux me tournai, voulant répondre,
    et commençai : « Françoise, tes martyres
    me font triste à pleurer piteuses larmes.
Mais dis : en la saison des doux soupirs,
    à quel signe et comment permit Amour
    que connussiez vos incertains désirs ? »
Et elle à moi : « Il n'est plus grand douleur
    que de se remembrer les jours heureux
    dans la misère ; et ton docteur le sait.
Mais si tu as affection tant vive
    à suivre notre amour dès la racine,
    bien sais-je l'art de pleurer et de dire.
Ensemble, un jour, nous lisions par plaisance
    de Lancelot, comme Amour l'étreignit :
    seulets étions, et sans soupçon de nous.
À plusieurs coups nous fit lever les yeux
    cette lecture et pâlir le visage ;
    mais seul un point fut ce qui nous vainquit.
Quand la riante lèvre et désirée
    vîmes baiser par un si preux amant,
    cestui, dont il n'est mort qui me délie,
la bouche me baisa, tremblant d'angoisse.
    Galehaut fut le livre et son trouvère :
    et ce jour-là ne lûmes plus avant. »
Tandis que ce disait l'une des ombres,
    l'autre pleurait ; si bien que de pitié
    je me pâmai, cuidant la mort sentir ;
et chus, comme corps mort à terre tombe.

Enfer, V, vers 115-142,
traduction André Pézard,
in Dante,
Œuvres complètes,
Bibliothèque de la Pléiade, 1965

 
tes martyres : les souffrances que tu endures
piteuses larmes : des larmes de pitié




se remembrer : se rappeler
ton docteur : Virgile, ton guide



par plaisance : par plaisir
de Lancelot : l'histoire de Lancelot du Lac
seulets étions... : nous étions seuls
, chacun
cachant son amour au fond de son cœur
et se croyant fort contre la tentation



Cestui : celui-ci, c'est-à-dire Paolo Malatesta

Galehaut... : dans le roman lu par Françoise et Paolo, c'est
Galehaut qui pousse la reine Guenièvre à embrasser
Lancelot ; le vers signifie : « le livre et son auteur furent
pour nous ce que fut Galehaut pour Guenièvre et Lancelot »
je me pâmai, cuidant... : je m'évanouis, croyant...
et chus : et je tombai