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Le docteur Faust incarne dans le domaine artistique la figure mythique du savant prêt à vendre son âme au diable en échange de l'accès au savoir universel.
On suppose que le mythe tire son existence d'un personnage qui a réellement existé en Allemagne entre la fin du XVe siècle et le milieu du XVIe, le docteur Johann Faust, enseignant mais aussi illusionniste et diseur de bonne aventure : c'est pour cela précisément qu'on l'accuse de sorcellerie, et qu'il est chassé de toutes les villes où il tente de s'établir. La légende dit qu'il s'est vanté d'avoir vendu son âme au diable avant de mourir d'une façon mystérieuse, ce qui a contribué à le rendre fort célèbre, au point que certains grands esprits de l'époque étaient persuadés qu'il était possédé par Satan. Pour d'autres, Faust était tout simplement un charlatan vivant dans la débauche, alors que d'autres encore prétendent que l'archevêque de Cologne en a fait son protégé à partir de 1532 et qu'il est mort en personne respectable.
Toujours est-il que la littérature s'empare rapidement du personnage. Johann Spiess, en 1587, rassemble dans son
Livre populaire les légendes qui courent alors sur Faust et son prétendu pacte avec le diable : dès lors, le mythe est né et se répand très rapidement dans les milieux populaires de toute l'Allemagne, puis, aussi vite, de l'Europe tout entière.
L'anglais
Marlowe compose pour le théâtre, sans doute dès 1588, la Tragique histoire du docteur Faust, dont la trame apparaît très proche de celle du Livre populaire de Spiess. Beaucoup d'autres auteurs reprennent ensuite le personnage et en font l'incarnation de leurs angoisses personnelles : Faust est dans leurs ouvrages un personnage orgueilleux qui cherche à accéder à une certaine forme de divinité, mais qui évolue par après vers un certain désespoir et se repent trop tard pour éviter la damnation.
En Allemagne même, Gotthold Ephraim Lessing (1729-1781), dramaturge et critique littéraire, une des grandes figures de la littérature allemande, dans un
Faust demeuré inachevé, modifie le mythe ; en pactisant avec le diable, le savant recherche la connaissance plus que la satisfaction de ses ambitions personnelles : il peut donc échapper à l'enfer si Dieu reconnaît la sincérité de sa recherche.
Goethe, contemporain de Lessing, reprend à son tour le personnage, dans un Faust en deux parties : la première est achevée en 1808, la deuxième seulement en 1831, un an avant la mort de son auteur. Dans la première partie de la pièce de Goethe, Faust est un vieux savant qui a vécu toute sa vie dans la solitude et le travail. Ayant brusquement envie de connaître la vraie vie et d'en jouir, il invoque le diable, qui lui envoie Méphistophélès, avec lequel il signe un pacte : il vend son âme en échange d'une nouvelle jeunesse. Il séduit alors une jeune fille, Marguerite, puis l'abandonne après lui avoir fait un enfant. Marguerite, de désespoir, tue cet enfant et se retrouve elle-même condamnée à mort. Faust, quant à lui, hésite entre les deux voies qui s'offrent à lui : la vie facile que lui propose Méphistophélès en échange de sa soumission, et une existence libre mais pleine d'embûches que lui accorde Dieu s'il accepte de se repentir. Dans la deuxième partie, Faust est un philosophe qui d'abord risque tout, même son âme, pour faire progresser le savoir humain ; puis, à la fin, il revient à davantage de mesure et de sagesse, ce qui lui vaut d'échapper à l'enfer : Dieu lui accorde son pardon en raison de la noblesse de ses intentions.
Par la suite, beaucoup d'autres écrivains, y compris au cours du XXe siècle, proposeront leur propre version du mythe, par ailleurs repris par plusieurs grands musiciens du XIXe siècle dans des opéras ou des compositions symphonique.