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Buste d'Euripide, Image trouvée sur Internet Euripide, poète tragique de la Grèce antique, a vécu de 480 à 406 av. J.-C. L'année et le lieu de sa naissance sont hypothétiques : on pense qu'il est né à Salamine l'année même où une grande bataille navale a opposé Grecs et Perses près de cette île. On sait toutefois qu'il est issu d'une famille modeste, et que malgré cela il a bénéficié d'un enseignement de qualité, puisqu'il a été l'élève de Socrate et d'autres philosophes réputés.
Il présente une tragédie, les Péliades, au concours d'Athènes dès 454 av. J.-C., mais il ne remporte le premier prix qu'en 442 ; il ne sera d'ailleurs couronné que cinq fois en tout, ses pièces ne rencontrant pas le succès de celles d'
Eschyle, dont on considère qu'il est l'héritier spirituel, ou de celles de Sophocle, son rival.
Mais si on compare ses pièces à celles de ses deux contemporains, on s'aperçoit qu'elles ne respectent pas les règles du genre tragique, ni les valeurs morales traditionnelles, ni les dieux : incompris de ses contemporains, tourné en dérision par Aristophane au profit d'Eschyle dans les Grenouilles, il a d'ailleurs quitté Athènes dans la seconde moitié de sa vie pour s'établir en Macédoine.
Comme ses confrères cependant, il tire ses sujets de la mythologie : mais il modifie le sens des légendes, mariant par exemple
Électre à un pauvre laboureur, revêtant les rois de haillons ou faisant d'Ulysse un politicien bavard. Ses héros acquièrent une dimension humaine qu'ils n'ont pas chez les autres grands tragiques : ils ne sont pas confrontés à l'autorité, mais à l'amour, à la mort et à la guerre ; déchirés par leurs propres contradictions, ils sont soumis au doute et prennent des décisions irrationnelles. Contrairement à Aristophane qui le lui reproche, il crée des personnages égarés par leurs passions et par leurs vices, ce qui les rend d'ailleurs plus proches de nous.
Aristote ne s'y est pas trompé, lui qui voit en Euripide « le plus tragique des poètes », ni Corneille, qui a subi son influence, ni Racine, pour lequel « il savait merveilleusement exciter la compassion et la terreur qui sont les véritables effets de la tragédie ! ».
Il a composé plus de quatre-vingt-dix pièces, dont dix-sept tragédies et un drame satirique, le Cyclope, sont parvenus jusqu'à nous. Il a composé Alceste en 438 av. J.-C., Médée en 431, Hippolyte en 428, les Troyennes en 415, Hélène en 412 et Oreste en 408. On n'est pas sûr de la date de composition des autres pièces : les Héraclides, Andromaque, Hécube, les Suppliantes, Ion, Électre, Héraclès furieux, Iphigénie en Tauride, les Phéniciennes, mais on sait qu'Iphigénie à Aulis et les Bacchantes ont été représentées après sa mort, en 405 av. J.-C.
Esprit original, Euripide ne respecte pas les règles conventionnelles du genre tragique : dans Alceste ou dans Hippolyte, par exemple, un personnage ou un dieu vient, dès le prologue, raconter la pièce, et même en révéler le dénouement ; il donne plus d'importance aux personnages en réduisant le rôle du chœur ; il introduit dans l'action des coups de théâtre qui arrivent à point nommé pour sauver ses personnages en danger ou pour venir au secours du spectateur égaré dans une intrigue complexe ; il pratique déjà une espèce de mélange des genres en alternant les tons et les styles, faisant se côtoyer le merveilleux et le sordide ; peu soucieux de l'action principale, il accumule les péripéties ou insère dans la composition dramatique des discussions philosophiques ou des réflexions portant sur le bonheur, le suicide, les droits de la femme ou l'intolérance : il n'est pas étonnant donc que ses contemporains aient été déroutés par son théâtre !