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Un libraire parisien, Le Breton, désire faire traduire en français les deux volumes de la Cyclopoedia de l'Anglais Chambers. En 1745, il s'associe avec d'autres libraires, pour lesquels Diderot venait de traduire le Dictionnaire de médecine de l'Anglais James ; Diderot est alors chargé, avec d'Alembert, de reprendre les articles dont la traduction était mal faite ; mais les deux philosophes accèdent à la direction de l'ouvrage, qui va, à partir de 1748, s'appeler Encyclopédie ou Dictionnaire universel des sciences, des arts et métiers traduit [...] avec des augmentations. Diderot visite alors les ateliers des faubourgs pour étudier la technique et s'adjoint des collaborateurs.
Mais sa
Lettre sur les Aveugles... lui vaut d'être emprisonné à Vincennes, en 1749, et les libraires, qui ont peur de perdre l'argent déjà investi, vont réussir à le faire libérer après bien des démarches. Diderot se remet aussitôt au travail et rédige un Prospectus, qui présente le plan de l'ouvrage, les conditions de publication et les modalités de souscription.
Le premier volume sort des presses en 1751, puis un second ; mais des
cabales et diverses attaques amènent le Conseil du Roi à ordonner, en février 1752, la suppression des deux volumes ; grâce à Malesherbes et à Madame de Pompadour, au mois de mai suivant, le gouvernement autorise Diderot à poursuivre son œuvre, et les volumes suivants sont publiés à leur tour. D'Alembert est élu à l'Académie française peu après la parution du tome IV.
Mais les attaques reprennent, et de 1757 à 1767 les ennemis des Encyclopédistes se liguent pour empêcher la parution des volumes suivants, au point que d'Alembert, en 1758, décide de se retirer du projet. L'année suivante, le Parlement crée une commission chargée de corriger l'
impiété de l'ouvrage ; le Conseil du Roi révoque le privilège de 1748 et ordonne le remboursement des souscriptions.
Malesherbes vient une nouvelle fois au secours de Diderot : il autorise les libraires à rembourser les souscriptions par la livraison des volumes comportant les illustrations (
planches) ; Diderot peut poursuivre son travail sans autorisation, à condition que la parution des derniers volumes de texte soit remise à plus tard. De ce fait, les adversaires de l'ouvrage, et notamment les
Jésuites, poursuivent leurs attaques. Mais, à la suite de la banqueroute de l'un deux, le Parlement fait fermer leurs collèges et les expulse du royaume : Diderot peut continuer son travail tout en refusant la proposition de Catherine II d'achever son œuvre en Russie.
Les dix derniers volumes paraissent en 1766, malgré la trahison de Le Breton, qui a discrètement censuré certains passages, et qui sera d'ailleurs embastillé pour avoir expédié quelques exemplaires de l'ouvrage à Versailles sans autorisation. Les derniers volumes de planches paraissent en 1772.
La grande nouveauté de cette publication sans précédent en France, financée par environ 5000 souscripteurs à 956 livres chacun, était d'accorder une place importante aux arts mécaniques et d'illustrer les textes par des planches très détaillées. Les rédacteurs, en outre, chacun spécialiste de la matière traitée, mettaient systématiquement en doute l'autorité et la tradition, au nom du progrès : ce parti-pris révolutionnaire exerça une influence profonde et durable sur les classes intellectuelles de toute l'Europe.


Sommet d'une page de planches