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Aristote est né vers 385-384 av. J.-C. à Stagire, petite ville de Macédoine, non loin de l’actuel mont Athos. Son père Nicomaque était le médecin du roi de Macédoine, Amyntas II, grand-père d'Alexandre le Grand.
Vers 366, il se rend à Athènes et devient l’un des plus brillants disciples de
Platon, à l'enseignement duquel il collabore. Après la mort de Platon, qui ne l'a pas désigné comme son successeur, il effectue divers voyages puis, vers 343, il répond à l'appel de Philippe de Macédoine qui lui demande de se charger de l'éducation de son fils Alexandre.
Artistote s'acquitte de sa tâche pendant huit ans puis, quand Alexandre succède à son père, vers 335, il retourne en Grèce et s'établit à Athènes, où il fonde le
Lycée, encore appelé Peripatos, parce qu'il y prodigue son enseignement en marchant (d'où le nom de péripatéticiens donné aux philosophes de son école).
Mais un an avant sa mort, Athènes étant entré en froid avec le royaume de
Macédoine, il devient suspect aux yeux de la classe politique dirigeante. Plutôt que de connaître le sort de Socrate, il s'exile dans l'île où était née sa mère. C'est là qu'il meurt, vers 322 av. J.-C.
L'œuvre d'Aristote peut se diviser en deux parties : d'une part celles qui ont été rédigées et publiées par lui-même, et qui toutes sont perdues ; d'autre part, les notes qu'il utilisait pour son enseignement et qui n'étaient pas destinées à la publication ; on ne sait pas très bien comment et par qui elles ont été conservées, mais elles font l'objet d'une publication en 60 av. J.-C. par Andronicos de Rhodes, le dernier chef d'école du
Lycée.
Les notes publiées par Andronicos sont des traités qui constituent un ensemble encyclopédique volumineux, qu'il serait fastidieux d'énumérer ici. Retenons simplement que son œuvre a exercé une influence prépondérante sur la philosophie dite occidentale, et que cette influence s'exerce toujours. Aristote a surtout fondé ce qu'il est convenu d'appeler
la logique, c'est-à-dire un ensemble de règles qui permettent de faire du discours un ensemble cohérent et efficace.
Sa réflexion s'étend à tous les domaines, y compris à celui de l'art, et, dans sa
Poétique, dont le deuxième livre, qui traite de la comédie, a été perdu, il établit un certain nombre de règles concernant la tragédie et l'épopée :
« Cet écrit, dont l’influence sur le théâtre devait être considérable à partir de la Renaissance, n’est pas sans rapport avec l’ensemble de la philosophie d’Aristote. Il représente un aspect de ce que devrait être une théorie générale de la
poièsis, ou production d’œuvres. La poésie est, d’une façon générale, «imitation» (mimèsis), par quoi il faut entendre non un simple décalque de la réalité, mais une sorte de re-création de cet «acte» (énergeia) qui constitue la vie. En particulier, la tragédie «imite non pas les hommes, mais une action et la vie, le bonheur et l’infortune ; or le bonheur et l’infortune sont dans l’action, et la fin de la vie est une certaine manière d’agir, non une manière d’être» (6, 1450 a 15). D’où l’importance de l’action dans la tragédie : les caractères viennent aux personnages «par surcroît et en raison de leurs actions», non l’inverse. Aristote conseille d’emprunter l’action de la tragédie à l’histoire, mais seulement parce que l’histoire est garante de la vraisemblance des faits présentés. Même dans ce cas, le poète est créateur, parce que, en choisissant tel ou tel événement réel, il le recrée comme «vraisemblable et possible» (9, 1451 b 27). La poésie diffère en cela de l’histoire : l’histoire raconte ce qui est arrivé; la poésie présente ce qui pourrait arriver à chacun d’entre nous et, même lorsqu’elle prend pour thème ce qui est en fait advenu, elle le présente comme pouvant arriver toujours de nouveau ; la poésie atteint par là l’universel et est en cela «plus philosophique que l’histoire» (9, 1451 b 5-6).
Aristote fournit aux auteurs de tragédie de nombreuses règles techniques, dont le classicisme français fera son profit. Il n’y a sans doute pas d’autres exemples dans l’histoire d’un art poétique précédant (et de plusieurs siècles) la pratique de l’écrivain, au lieu de la refléter. La principale règle de la tragédie est que l’action représentée doit être «achevée», former un «tout», «avoir un commencement, un milieu et une fin». Il y a une limite naturelle de l’action, une étendue optimale : celle qui «permet à une suite d’événements qui se succèdent suivant la vraisemblance ou la nécessité de faire passer le héros du malheur au bonheur ou du bonheur au malheur» (7, 1451 a 9). Mais cela, qui vaut pour le «drame» en général, ne suffit pas encore à définir la tragédie : le changement, la «péripétie», doit être tel qu’il suscite la «terreur» et la «pitié» du spectateur ; or ces sentiments ne naissent pas lorsque nous voyons un homme bon tomber dans le malheur, ni un méchant passer du malheur au bonheur (car ces deux cas suscitent l’indignation), ni lorsqu’un homme bon passe du malheur au bonheur (car nous nous en réjouissons) ou un méchant du bonheur au malheur (car nous ne le plaignons pas), mais seulement lorsqu’un héros ambigu, qui n’est ni tout à fait innocent ni tout à fait coupable, tombe dans le malheur par suite d’une «erreur» qu’il a commise.
Enfin, Aristote se préoccupe de l’action de la tragédie sur le spectateur : elle provoque une «purification (
catharsis) des passions» telles que la pitié et la crainte. On a beaucoup glosé sur cette catharsis : l’interprétation la plus probable est que le spectateur se libère de ses passions en les éprouvant sur le mode de l’imaginaire ; cette notion se rattache sans doute à des conceptions médicales «homéopathiques» selon lesquelles le semblable se traite par le semblable. Mais les commentateurs donneront de la catharsis une interprétation plus prosaïque [...] : la «purification» consisterait à ménager certaines satisfactions aux passions, mais en les contenant dans une juste mesure.  »

Encyclopedia Universalis, article Aristote, extrait.